TOURNOIS DU CHEVALERIE. 47
hault : Seigneurs chevaliers, demain aurez la veille du tournoy où prouessesera vendue & achetée au fer & à l’acier. »
Ces publications étaient très-fréquentes en temps de paix, car ces fêtesarrachaient la jeune noblesse à l’oisiveté & l’exerçaient au maniement descoursiers & des armes. Le lieu du tournoi était ordinairement choisi auprèsd’une ville, avec une forêt & une rivière dans le voisinage, afin de donnerun aspect pittoresque à la fête, comme on peut le voir dans lesminiatures des livres de Chevalerie du moyen âge. Les tournois étaientsurtout remarquables par le luxe qu’on y déployait & la beauté des feftins &des bals auxquels ils donnaient lieu; ils durent, pendant des siècles, favoriserle commerce, l’induftrie & les arts en France. Les troubadours & lesménefirels y venaient en foule pour chanter les vainqueurs dans leursballades & leurs tensons.
Le désir de plaire aux dames fut toujours l’âme du tournoi : chaquechevalier portait les couleurs de sa bien-aimée & brisait une lance pour elle.Vulson de la Colombière, Favyn & tant d’autres auteurs nous ont si bienraconté tous ces combats d’efioc & de taille, qu'il serait inutile de dire, dansune étude si rapide, ce qu’ils nous ont appris & ce que Froissart & Bran-tôme nous répètent si souvent. Dans ces joutes, les chevaliers pouvaientseulement accomplir tout ce que les lois de la Chevalerie exigeaient d’eux;c’était là que tout le respeéf, toute la naïveté qu’ils avaient envers leur damepouvaient recevoir & recevaient une application sérieuse; mais ces règlementsne pouvaient guère s’identifier à tout ce qui touchait au côté matériel de lavie, &, sans vouloir retirer aux vieilles chroniques chevaleresques ceparfum qui les environne, nous nous rangeons de l’avis de l’auteur du romande Perceforeft, quand il représente ce prince se plaignant à l’un de sesconfidents de l’inacfion & de la langueur de ses chevaliers : dans le sein deleur bonheur, ils ont abandonné les joutes, les tournois, les quêtes merveil-leuses & tous les bons exemples de la Chevalerie; il compare poétiquementleur engourdissement au « silence du rossignol qui ne cesse de menerjoyeuseté en servant sa dame de mélodieux chants, jusqu’à ce qu’elle sesoit rendue à ses prières (1). »
Outre les devoirs généraux que l’ordre de Chevalerie imposait à sesmembres, il était curieux de voir des chevaliers s’engager pour des vœux
1) Percclorelt, vol. IV, ch. vi, fol. 19 & 20.