CHEVALERIE EN ORIENT.
35
l’esprit. Quand des nuées de barbares se répandirent dans les Gaules &qu’ils en occupèrent le territoire, la civilisation n’était pas morte, mais seu-lement engourdie & comme écrasée sous d’immenses ruines. Le chriftia-nisme, alors, fit des merveilles ; les évêques étaient, pour la plupart, d’il-lustres conservateurs, nés en Italie & connaissant les splendeurs de lacivilisation byzantine; quand ils parlaient au peuple, ce n’était que parimages ; quand ils officiaient, au milieu de nuages d’encens, ils voulaient êtrepompeusement entourés & accompagnés par les chants sacrés. Les mœursrudes & les coutumes barbares de la Germanie s’adoucirent à ce contaét ;d'un côté, il y avait la force puissante, terrible & brutale, de l'autre tout ceque l’imagination peut enfanter pour la tempérer, c’eft-à-dire la douceur, lecharme, la poésie & l’amour; de cette union naquirent les croisades et laChevalerie.
On ne peut faire remonter la Chevalerie qu’aux dixième & onzièmesiècles ; tout ce qu’on a dit sur cette inftitution, en la faisant remonter plushaut, eft complètement apocryphe. L’ordre de Y Ange d’Or, le plus ancienpar la date, peut se classer sans crainte parmi ces erreurs. Voici, en quelquesmots, sa prétendue hifioire. Maxence, s’étant rendu maître de Rome, étaitdevenu si odieux au sénat & au peuple romain, qu’on envoya prierConftantin, dont l’armée était alors sur les bords du Rhin, de délivrer lepays du joug sous lequel il gémissait. Confiantin, fils de la chrétienne sainteHélène & de Constance Chlore, qui, seul, dans son gouvernement desGaules, avait refusé de s’associer à la terrible & dernière persécution deschrétiens, arriva & se trouva en présence d’une armée formidable; danscette circonftance, il eut recours au Dieu des chrétiens, &, lui adressant sesvœux, implora son secours. C’eft alors qu’il vit apparaître dans l’air unecroix lumineuse autour de laquelle on lisait ces mots : In hoc signo pinces(tu vaincras en combattant sous cet étendard). Au moment de livrer ba-taille, il eut encore une vision : un ange lui apparut qui lui présenta uneseconde fois la croix lumineuse accompagnée des mêmes promesses. Animépar ces encouragements célefies, il fit mettre la figure de cette croix sur toutesses armes & sur tous ses étendards. Il marcha donc courageusement contrel’ennemi, défit l’armée de Maxence (3io), &, ayant embrassé le chrifiia-nisme, se fit baptiser plus tard par le pape Sylveftre. — Quelques hifioriensn’hésitent pas à prétendre que ce fut à cette occasion qu’il inffitua l’ordre del’Ange d’Or. Nous n’avons pas à nous appesantir ici sur les divisions de cetordre, ni sur les documents que l’on donne à l’appui de son ancienneté.