HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
l’éclat de l’héroïsme de ses propres actions. Le prince combat pour lavictoire., les compagnons pour le prince.
« Si la paix règne trop longtemps dans la nation, la plupart des jeunesnobles se rendent chez les nations qui sont en guerre, car le Germain haitle repos, & comme la considération ne s’acquiert que par les expéditionsaventureuses, il eft difficile au prince de garder auprès de sa personne unnombreux entourage, autrement que par la force & par la guerre (i). Onattache un grand prix à ses libéralités; on exige de lui un cheval de bataille& le javelot terrible; sa table, peu délicate mais copieuse, eft une espècede solde pour le guerrier. Le prince ne soutient ses libéralités que par lesguerres & les rapines. Vous leur persuaderiez bien moins de labourer laterre & d’attendre l’année que d’appeler l’ennemi & de recevoir des bles-sures; ils regardent même comme une lâcheté d’acquérir par la sueur cequ’ils peuvent obtenir par le sang (2). »
Il eft naturel de penser que l’organisation dont parie Tacite & qui, sansdoute, dans l’origine, n’avait joui que d’un faible éclat, acquit par la suiteune très-grande influence, surtout dans le Nord, à l’époque où les princesdes nations septentrionales entreprirent tant d’aventureuses expéditionscontre les nations du Sud.
Quand le roi Artur eut défait les Saxons en plusieurs batailles, il inffitua,à son retour dans son royaume d’Angleterre, un ordre de Chevalerie (3).Empruntant aux Germains leur coutume, il voulait récompenser les servicesde vingt-quatre de ses plus vaillants guerriers, & les honorer d’une marquede diftincfion, afin de montrer qu’il avait une égale affection pour eux tous.Il fit faire, dit la tradition, une table ronde, en telle sorte qu’il n’y eût pasde diftinéfion de haut ou de bas bout, prétendant par là ôter à ses chevalierstout sujet de querelles pour le rang. Ils s’assemblaient tous les jours defête autour de cette Table avec leur écu pendant derrière le dos; de laforme du meuble & de l’usage qu’ils en firent on les appela chevaliersde la Table ronde. Guillaume de Cambden (4) ne croit pas cet ordre si
(1) L’abbé Fleuri, dans son Hijloire ecclésiajîique (p. 362, 368 à 395)s’élèvecontre le faite qui régnait vers le onzième siècle dans les maisons des grands seigneurs.Il en exiftait parmi eux qui avaient un nombre considérable de chevaliers & d’écuyers.
(2) Tacite, Mœurs des Germains, ch. xm & xiv, p. 624.
(3) Vers 516.
(4) Cité dans Y Hijloire des ordres militaires ou de chevaliers. Amlterdam, 1721;4 vol. in-8°.