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Théâtre complet de J. Racine
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610
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ATHALIE.

Dieu, qui de lorphelin protège linnoeenee,

Et fait dans la faiblesse éclater sa puissance;

Dieu, qui hait les tyrans, et qui dans JezraëlJ ura dexterminer Achab et Jézabel ;

Dieu, qui, frappant Joram le mari de leur fille,

A j usque sur son fils poursuivi leur famille ;

Dieu, dont le bras vengeur, pour un temps suspendu,Sur cette race impie est toujours étendu?

JOSABET.

Et cest sur tous ces rois sa justice sévère

Que je crains pour le fils de mon malheureux frère.

Qui sait si cet enfant, par leur crime entraîné,

Avec eux en naissant ne fut pas condamné ?

Si Dieu, le séparant dune odieuse race,

En faveur de David voudra lui faire grftce?

Hélas ! létat horrible le ciel me loffritRevient à tout moment effrayer mon esprit.

De princes égorgés la chambre était remplie :

Un poignard à la main, limplacable AthalieAu carnage animait ses barbares soldats,

Et poursuivait le cours de ses assassinats.

Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue ;

Je me figure encor sa nourrice éperdue,

Qui devant les bourreaux sétait jetée en vain ,

Et, faible, le tenait renversé sur son sein.

Je le pris tout sanglant. En baignant son visage,

Mes pleurs du sentiment lui rendirent lusage,

Et, soit frayeur encore, ou pour me caresser,

De ses bras innocents je me sentis presser.

Grand Dieu, que mon amour ne lui soit point funesteDu fidèle David cest le précieux reste :

Nourri dans ta maison, en lamour de ta loi,

11 ne connaît encor dautre père que toi.

Sur le point dattaquer une reine homicide,

A laspect du péril si ma foi sintimide,

Si la chair et le sang, se troublant aujourdhui,

Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui,Conserve lhéritier de tes saintes promesses,

Et ne punis que moi de toutes mes faiblesses !

JOAB.

Vos larmes, Josabet, nont rien de criminel :

Mais Dieu veut quon espère en son soin paternel.