ACTE l, SCENE V.
Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi.
La nation chérie a violé sa foi ;
Elle a répudié son époux et son père,
Pour rendre à d’autres dieux un honneur adultère :Maintenant elle sert sous un maître étranger.
Mais c’est peu d’ètre esclave, on la veut égorger :
Nos superbes vainqueurs, insultant il nos larmes,Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes,
Et veulent aujourd’hui qu’un môme coup mortelAbolisse ton nom, ton peuple, et ton autel.
Ainsi donc un perfide, après tant de miracles,
Pourrait anéantir la foi de tes oracles,
Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,
Le saint que tu promets, et que nous attendons?
Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches,Ivres de notre sang, ferment les seules bouchesQui dans tout l’univers célèbrent tes bienfaits;
Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.
Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles,
Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,
Et que je mets au rang des profanationsLeur table, leurs festins, et leurs libations ;
Que môme celte pompe où je suis condamnée,
Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornéeDans ces jours solennels à l’orgueil dédiés,
Seule et dans le secret je le foule il mes pieds ;
Qu’à ces vains ornements je préfère la cendre,
Et n’ai de goût qu’aux pleurs que tu me vois répandre.J’attendais le moment marqué dans ton arrêt,
Pour oser de ton peuple embrasser l’intérêt :
Ce moment est venu ; ma prompte obéissanceYa d’un roi redoutable affronter la présence.
C’est pour toi que je marche : accompagne mas pasDevant ce fier lion qui ne te connaît pas ;
Commande en me voyant que son courroux s’apaise,Et prête à mes discours un charme qui lui plaise.
Les orages, les vents, les deux te sont soumis :Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.
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