r.2i
ACTE il, SCENE V.
Neptune le protège ; et ce dieu tutélaireNe sera pas en vain imploré par mon père.
PHÈDRE.
On ne voit point deux fois le rivage des morts,
Seigneur : puisque Thésée a vu les sombres bords,
En vain vous espérez qu’un dieu vous le renvoie ;
Et l’avare Achéron ne lâche point sa proie.
Que dis-je? il n’est point mort, puisqu’il respire en vous.
Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux -.
Je le vois, je lui parle ; et mon cœur... Je m’égare,
Seigneur; ma folle ardeur malgré moi se déclare.
lUI'POLVTE.
Je vois de votre amour l’effet prodigieux :
Tout mort qu’il est, Thésée est présent à vos yeux;
Toujours de son amour votre âme est embrasée.
PHÈDRE.
Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée :
Je l’aime ; non point tel que l’ont vu les enfers,
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du dieu des morts déshonorer la couche;
Mais fidèle, mais fier, et môme un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
Tel qu’on dépeint nos dieux, ou tel que je vous voi.
11 avait votre port, vos yeux, votre langage;
Cette noble pudeur colorait son visage, j
Lorsque de notre Crète il traversa les flots, 1 ,
Digne sujet des vœux des filles de Minos. M
Que faisiez-vous alors? Pourquoi, sans Hippolyte, : |
Des héros de la Grèce assembla-t-il l’élite? ni
Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors j 1
Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ? y ;
Par vous aurait péri le monstre de la Crète, :j '
Malgré tous les détours de sa vaste retraite -. j
Pour en développer l’embarras incertain, j !
Ma sœur du fil fatal eût armé votre main. ; i
Mais non : dans ce dessein je l’aurais devancée ; : il
L’amour m’en eût d’abord inspiré la pensée ; ■■ i j
C’est moi, prince, c’est moi dont l’utile secours j. : ;
Vous eût du labyrinthe enseigné les détours. :ï i
Que de soins m’eût coûtés cette tôte charmante!
Un fil n’eût point assez rassuré votre amante : ''
41 .