520
PIIÊDRE.
Seigneur. A vos douleurs je viens joindre mes larmes;Je vous viens pour un lils expliquer mes alarmes.
Mon fds n’a plus de père, et le jour n’est pas loinQui de ma mort encor doit le rendre témoin.
Déjà mille ennemis attaquent son enfance :
Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense.
Mais un secret remords agite mes esprits :
Je crains d’avoir fermé votre oreille à ses cris ;
Je tremble que sur lui votre juste colèreNe poursuive bientôt une odieuse mère.
iuitolytk.
Madame, je n’ai point des sentiments si bas.
PHÈDRE.
Quand vous me haïriez, je ne m’en plaindrais pas,Seigneur; vous m’avez vue attachée à vous nuire;
Dans le fond de mon cœur vous ne pouviez pas lire.
A votre inimitié j’ai pris soin de m’offrir;
Aux bords que j’habitais je n’ai pu vous souffrir ;l£n public, en secret, contre vous déclarée,
J’ai voulu par des mers en être séparée ;
J’ai même défendu par une expresse loiQu’on osât prononcer votre nom devant moi :
Si pourtant à l’offense on mesure la peine,
Si lahaine peut seule attirer votre haine,
Jamais femme ne fut plus (ligne de pitié,
Et moins digne, seigneur, de votre inimitié.
niPPOLVTE.
Des droits de ses enfants une mère jalousePardonne rarement au fils d’une autre épouse ;
Madame, je le sais : les soupçons importunsSont d’un second hymen les fruits les plus communs.Toute autre aurait pour moi pris les mêmes ombrages,Et j’en aurais peut-être essuyé plus d’outrages.
PIIÈDRE.
Ah seigneur ! que le ciel, j’ose ici l’attester,
De cette loi commune a voulu m’excepter !
Qu’un soin bien différent me trouble et me dévore !
IIIPPOLYTE.
Madame, il n’est pas temps de vous troubler encore :Peut-être votre époux voit encore le jour;
Le ciel peut à nos pleurs accorder sou retour.