3IS
PHÈDRE.
Vous voyez devant vous un prince déplorable,
D’un téméraire orgueil exemple mémorable :
Moi qui, contre l’amour fièrement révolté ,
Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté;
Qui, des faibles mortels déplorant les naufrages,
Pensais toujours du bord contempler les orages :
Asservi maintenant sous la commune loi,
Par quel trouble me vois-je emporté loin de moiUn momen t a vaincu mon audace imprudente :
Celte ûme si superbe est enfin dépendante.
Depuis près de six mois, honteux, désespéré,
Portant partout le trait dont je suis déchiré,
Contre vous, contre moi, vainement je m’éprouve :Présente, je vous fuis; absente, je vous trouve;
Dans le fond des forêts votre image me suit ;
La lumière du jour, les ombres de la nuit,
Tout retrace à mes yeux les charmes que j’évite;
Tout vous livre à l’envi le rebelle Hippolyte.
Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus,Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus :
Mon arc, mes javelots, mouchai-, tout m’importune;
Je ne me souviens plus des leçons de Neptune;
Mes seuls gémissements font retentir les bois,
Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.
Peut-être le récit d’un amour si sauvageVous fait, en m’écoutant, rougir de votre ouvrage.
D’un cœur qui s’offre à vous quel farouche entretien !Quel étrange captif pour un si beau lien!
Mais l’offrande à vos yeux en doit être plus chère :
Songez que je vous parle une langue étrangère;
Et ne rejetez pas des voeux mal exprimés,
Qu’Hippolyte sans x'ous n’aurait jamais formés.
SCÈNE III.
HIPPOLYTE, ARIC1E, TIIÉRAMÈNE, ISMÈNK.
TIIÉIUMÈXE.
Seigneur, la reine vient, et je l’ai devancée :
Elle vous cherche.
IIII'POLYTE.
Moi?