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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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517
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ACTE II, SCÈNE II.

Je vous cède ou plutôt je vous rends une place,

Un sceptre que jadis vos aïeux ont reçuDe ce fameux mortel que la Terre a conçu.L’adoption le mit entre les mains d’Égée.

Athènes, par mon père accrue et protégée,

Reconnut avec joie un roi si généreux ,

Et laissa dans l’oubli vos frères malheureux.

Athènes dans ses murs maintenant vous rappelle.Assez elle a gémi d’une longue querelle ;

Assez dans ses sillons votre sang engloutiA fait fumer le champ dont il était sorti.

Trézène m’obéit. Les campagnes de CrèteOffrent au fds de Phèdre une riche retraite.

L’Attique est votre bien. Je pars, et vais pour vousRéunir tous les vœux partagés entre nous.

AÜICIE.

De tout ce que j’entends étonnée et confuse,

Je crains presque, je crains qu’un songe ne m’abuse.Veillé-je? Puis-je croire un semblable dessein ?

Quel dieu , seigneur, quel dieu Ta mis dans votre seinQu’à bon droit votre gloire en tous lieux est semée!Et que la vérité passe la renommée !

Vous-môme en ma faveur vous voulez vous trahir !N’était-ce pas assez de ne me point haïr,

Et d’avoir si longtemps pu défendre votre âmeDe cette inimitié...

niPPOLYTE.

Moi, vous haïr, madame !

Avec quelques couleurs qu’on ait peint ma fierté,Croit-on que dans ses flancs un monstre m’ait porté?Quelles sauvages mœurs, quelle haine endurciePourrait, en vous voyant, n’être point adoucie?Ai-je pu résister au charme décevant...

ARICIE.

Quoi, seigneur !

niPPOLYTE.

Je me suis engagé trop avant.

Je vois que la raison cède à la violence :

Puisque j’ai commencé de rompre le silence,

Madame, il faut poursuivre ; il faut vous informerD’un secret que mon cœur ne peut plus renfermer.