500
PRÉFACE.
Je rapporte cos autorités, parce que je 111c suis trôs-scrupuleuseineniattaché à suivre la fable. J’ai mémo suivi Thistoire de Thésée telle qu’elleest clans Plutarque.
C’est dans cct historien que j’ai trouvé que ce qui avait donné occasion de croire que Thésée fût descendu dans les enfers pour enleverProserpine était un voyage que ce prince avait fait en Épirc vers lasource de l’Achéron, chez un roi dont ririthoüs voulait enlever lafemme, et qui arrêta Thésée prisonnier, après avoir fait mourir Piri-tlioiis. Ainsi j’ai tâché de conserver la vraisemblance de l’histoire, sansrien perdre des ornements de la fable, qui fournit extrêmement à lapoésie. Et le bruit de la mort de Thésée, fondé sur ce voyage fabuleux,donne lieu à Phèdre de faire nnc déclaration d’amour qui devient unedes principales causes de son malheur, et qu’elle n’aurait jamais oséfaire tant qu’elle aurait cru que son mari était vivant.
Au reste, je n’ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meil-leure de mes tragédies ; je laisse et aux lecteurs et au temps à décider deson véritable prix. Ce que je puis assurer, c'est que je n’en ai point faitoù la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. Les moindres fautesy sont sévèrement punies ; iaseule pensée du crime y est regardée avecautant d’horreur que le crime même : les faiblesses de l’ajnour y passentpour de vraies faiblesses : les passions n’y sont présentées aux yeux quepour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peintpartout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. C’estlù proprement le but que tout homme qui travaille pour le public doit seproposer; et c’est ce que les premiers poètes tragiques avaient en vuesur toute chose. Leur théâtre était une école où la vertu n’était pasmoins bien enseignée que dans les écoles des philosophes. Aussi Aristotea bien voulu donner des règles du poème dramatique; et Socrate, leplus sage des philosophes, ne dédaignait pas de mettre la main auxtragédies d’Euripide. Il serait à souhaiter que nos ouvrages fussent aussisolides et aussi pleins d’utiles instructions que ceux de ces poètes : ceserait peut-être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité depersonnes célèbres par leur piété et par leur doctrine , qui l’ont con-damnée dans ces derniers temps, et qui en jugeraient sans doute plusfavorablement, si les auteurs songeaient autant à instruire leurs spec-tateurs qu’à les divertir, et s’ils suivaient en cela la véritable intentionde la tragédie.