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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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355
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Elle m’a déclaré sa volonté dernière

Et, tandis qu’elle montre au peuple épouvanté

Du prophète divin l’étendard redouté,

Qu’à marcher sur mes pas Bajazet se dispose,

Je vais de ce signal faire entendre la cause,

Remplir tous les esprits d’une juste terreur,

Et proclamer enfin le nouvel empereur.

Cependant permettez que je vous renouvelleLe souvenir du prix qu’on promit à mon zèle.

N’attendez point de moi ces doux emportements,

Tels que j’en vois paraître au cœur de ces amants :

Mais si, par d’autres soins plus dignes de mou âge,

Par de profonds respects, par un long esclavage,

Tels que nous le devons au sang de nos sultans,

Je puis...

ATAL1DE.

Vous m’en pourrez instruire avec le tempsAvec le temps aussi vous pourrez me connaître.

Mais quels sont ces transports qu’ils vous ont fait paraître?

ACOMAT.

Madame, doutez-vous des soupirs enflammésDe deux jeunes amants l’un de l’autre charmés?

ATALIDE.

Non ; mais, à dire vrai, ce miracle m’étonne.

Et dit-on à quel prix Roxane lui pardonne?

L’épouse-t-il enfin?

ACOMAT.

Madame, je le croi.

Voici tout ce qui vient d’arriver devant moi.

Surpris, je l’avouerai, de leur fureur commune,Querellant les amants, l’amour et la fortune,

J’étais de ce palais sorti désespéré.

Déjà, sur un vaisseau dans le port préparéChargeant de mon débris les reliques plus chères,

Je méditais ma fuite aux terres étrangères.

Dans ce triste dessein au palais rappelé,

Plein de joie et d’espoir, j’ai couru, j’ai volé.

La porte du sérail à ma voix s’est ouverte,

Et d’abord une esclave à mes yeux s’est offerte,

Qui m’a conduit sans bruit dans un appartementOù Roxane attentive écoutait son amant.