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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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351
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ACTE II, SCÈNE V.

351

ATALIDE.

Seigneur, vous pourriez vivre, et ne me point trahir.

BAJAZET.

Parlez. Si je le puis, je suis prêt d’obéir.

ATALIDE.

La sultane vous aime : et, malgré sa colère,

Si vous preniez , seigneur, plus de soin de lui plaire;

Si vos soupirs daignaient lui faire pressentirQu'un jour...

BAJAZET.

Je vous entends : je n’y puis consentirNe vous figurez point que, dans cette journée,

D’un lâche désespoir ma vertu consternéeCraigne les soins d’un trône où je pourrais monter,

Et par un prompt trépas cherche à les éviter.

J’écoute trop peut-être une imprudente audace :

Mais, sans cesse occupé des grands noms de ma race,J’espérais que, fuyant un indigne repos,

Je prendrais quelque place entre tant de héros.

Mais, quelque ambition, quelque amour qui me brûle,Je ne puis plus tromper une amante crédule.

En vain, pour me sauver, je vous l’aurais promis :

Et ma bouche et mes yeux, du mensonge ennemis,Peut-être, dans le temps que je voudrais lui plaire,Feraient par leur désordre un effet tout contraire ;

Et de mes froids soupire ses regards offensésVerraient trop que mon cœur ne les a point poussés.Oh ciel! combien de fois je l’aurais éclaircie,

Si je n’eusse ù sa haine exposé que ma vie;

Si je n’avais pas craint que ses soupçons jalouxN’eussent trop aisément remonté jusqu’à vous !

Et j'irais l’abuser d’une fausse promesse PJe me parjurerais ? et, par cette bassesse...

Ah ! loin de m’ordonner cet indigne détour,

Si votre cœur était moins pleirf de son amour,

Je vous verrais, sans doute, en rougir la première.Mais, pour vous épargner une injuste prière,

Adieu, je vai3 trouver Roxane de ce pas ;

Et je vous quitte.

ATALIDE.

Et moi, je ne vous quitte pas.