.340
BAJAZET.
SCÈNE III.
BAJAZET, ACOMAT.
ACOMAT.
Seigneur, qu’ai-je entendu? Quelle surprise extrêmelQu’allez-vous devenir? que deviens-je moi-même?D’où naît ce changement? qui dois-je en accuser?
Oh ciel 1
BAJAZET.
11 ne faut point ici vous abuser.
Roxane est offensée, et court à la vengeance :
Un obstacle éternel rompt notre intelligence.
Vizir, songez à vous, je vous en averti;
Et, sans compter sur moi, prenez votre parti.
ACOMAT.
Quoi !
BAJAZET.
Vous et vos amis, cherchez quelque retraite.Je sais dans quels périls mon amitié vous jette ;
Et j’espérais un jour vous mieux récompenser.
Mais, c’en est fait, vous dis-je, il n’y faut plus penser.
ACOMAT.
Et quel est donc, seigneur, cet obstacle invincible?Tantôt dans le sérail j’ai laissé tout paisible :
Quelle fureur saisit votre esprit et le sien ?
BAJAZET.
Elle veut, Acomat, que je l’épouse.
ACOMAT.
Eh bien !
L’usage des sultans à ses vœux est contraire;
Mais cet usage enfin, est-ce une loi sévère,
Qu’aux dépens de vos jours vous deviez observer ?
La plus sainte des lois, ah ! c’est de vous sauver,
Et d’arracher, seigneur, d’une mort manifesteLe sang des Ottomans, dont vous faites le reste.
BAJAZET.
Ce reste malheureux serait trop acheté,,
S’il faut le conserver par une lâcheté.
ACOMAT.
Et pourquoi vous en faire une image si noire ?