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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
345
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ACTE II, SCÈNE II.

Peut-être que ma mort, utile A vos desseins,

De l’heureux Amurat obtenant votre grâce,

Vous rendra dans son cœur votre première place.

ROXANE.

Dans son cœur ? Ah ! crois-tu, quand il le voudrait bien,Que, si je perds l’espoir de régner dans le tien,

D’une si douce erreur si longtemps possédée,

Je puisse désormais souffrir une autre idée,

Ni que je vive enfin, si je ne vis pour toi ?

Je te donne, cruel, des armes contre moi,

Sans doute ; et je devrais retenir ma faiblesse :

Tu vas en triompher. Oui, je te le confesse,

J’affectais à tes yeux une fausse fierté :

De toi dépend ma joie et ma félicité.

De ma sanglante mort fa mort sera suivie :

Quel fruit de tant de soins que j’ai pris pour ta vie !

Tu soupires enfin, et semblés te troubler :

Achève, parle.

BAJAZET.

Oh ciel ! que ne puis-je parler !

ROXANE.

Quoi donc! que dites-vous? et que viens-je d’entendre?Vous avez des secrets que je ne puis apprendre?

Quoi! de vos sentiments je ne puis m’éclaircir?

BAJAZET.

Madame, encore un coup, c’est à vous de choisir :Daignez m’ouvrir au trône un chemin légitime ;

Ou bien, me voilà prêt, prenez votre victime.

ROXANE.

Ah! c’en est trop enfin, tu seras satisfait.

Holà, gardes, qu’on vienne !

SCÈNE II.

ROXANE, BAJAZET, ACOMAT.

ROXANE.

Acomat, c’en est fait;

Vous pouvez retourner, je n’ai rien à vous dire :

Du sultan Amurat je reconnais l’empire.

Sortez. Que le sérail soit désormais fermé ;

Et que tout routre ici dans l’ordre acooutumé.