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BÉRÉNICE.
ANT10CIIUS.
Je crois tout : je vous connais tous deux.Mais connaissez vous-même un prince malheureux.Vous m’avez honoré, seigneur, de votre estime :
Et moi, je puis ici vous le jurer sans crime,
A vos plus chers amis j’ai disputé ce rang;
Je l’ai disputé môme aux dépens de mon sang.
Vous m’avez malgré moi confié, l’un et l’autre,
La reine, son amour, et vous, seigneur, le vôtre.
La reine qui m’entend peut me désavouer;
Elle m’a vu toujours, ardent à vous louer,
Répondre pannes soins à votre confidence.
Vous croyez m’en devoir quelque reconnaissance :
Mais le pourriez-vous croire, en ce moment fatal,Qu’un ami si fidèle était votre rival ?
ANTIOCIIUS.
Il est temps que je vous éclaircisse.
Oui, seigneur, j’ai toujours adoré Bérénice.
Pour ne la plus aimer j’ai cent fois combattu :
Je n’ai pu l’oublier; au moins je me suis tu.
De votre changement la flatteuse apparenceM’avait rendu tantôt quelque faible espérance.
Les larmes de la reine ont éteint cet espoir.
Ses yeux, baignés de pleurs, demandaient à vous voir :Je suis venu, seigneur, vous appeler moi-môme.
Vous êtes revenu. Vous aimez, on vous aime;
Vous vous êtes rendu -. je n’en ai point douté.
Pour la dernière fois je me suis consulté ;
J’ai fait de mon courage une épreuve dernière;
Je viens de rappeler ma raison tout entière :
Jamais je ne me suis senti plus amoureux.
11 faut d’autres efforts pour rompre tant de nœuds :
Ce n’est qu’en expirant que je puis les détruire;
J’y cours. Voilà de quoi j’ai voulu v ous instruire.
Oui, madame, vers vous j’ai rappelé ses pas;
Mes soins ont réussi ; je ne m’en repens pas.
Puisse le ciel verser sur toutes vos annéesMille prospérités l’une à l’autre enchaînées!
Ou , s’il vous garde encore un reste de courroux,