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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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324
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32i

BÉRÉNICE.

ANT10CIIUS.

Je crois tout : je vous connais tous deux.Mais connaissez vous-même un prince malheureux.Vous mavez honoré, seigneur, de votre estime :

Et moi, je puis ici vous le jurer sans crime,

A vos plus chers amis jai disputé ce rang;

Je lai disputé môme aux dépens de mon sang.

Vous mavez malgré moi confié, lun et lautre,

La reine, son amour, et vous, seigneur, le vôtre.

La reine qui mentend peut me désavouer;

Elle ma vu toujours, ardent à vous louer,

Répondre pannes soins à votre confidence.

Vous croyez men devoir quelque reconnaissance :

Mais le pourriez-vous croire, en ce moment fatal,Quun ami si fidèle était votre rival ?

ANTIOCIIUS.

Il est temps que je vous éclaircisse.

Oui, seigneur, jai toujours adoré Bérénice.

Pour ne la plus aimer jai cent fois combattu :

Je nai pu loublier; au moins je me suis tu.

De votre changement la flatteuse apparenceMavait rendu tantôt quelque faible espérance.

Les larmes de la reine ont éteint cet espoir.

Ses yeux, baignés de pleurs, demandaient à vous voir :Je suis venu, seigneur, vous appeler moi-môme.

Vous êtes revenu. Vous aimez, on vous aime;

Vous vous êtes rendu -. je nen ai point douté.

Pour la dernière fois je me suis consulté ;

Jai fait de mon courage une épreuve dernière;

Je viens de rappeler ma raison tout entière :

Jamais je ne me suis senti plus amoureux.

11 faut dautres efforts pour rompre tant de nœuds :

Ce nest quen expirant que je puis les détruire;

Jy cours. Voilà de quoi jai voulu v ous instruire.

Oui, madame, vers vous jai rappelé ses pas;

Mes soins ont réussi ; je ne men repens pas.

Puisse le ciel verser sur toutes vos annéesMille prospérités lune à lautre enchaînées!

Ou , sil vous garde encore un reste de courroux,