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Théâtre complet de J. Racine
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311
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ACTE IV, SCENE V.

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SCÈNE V.

BÉRÉNICE, TITUS.

BÉRÉNICE, en sortant de son appartement.

Non, laissez-moi, vous dis-jeEu vain tous vos conseils me retiennent ici ;

Il faut que je le voie... Ah seigneur ! vous voici !

Eli bien, il est donc vrai que Titus mabandonne !

Il faut nous séparer! et cest lui qui lordonne!

TITUS.

Naccablez point, madame, un prince malheureux.

Il ne faut point ici nous attendrir tous deux.

Un trouble assez cruel magite et me dévore,

Sans que des pleurs si chers me déchirent encore.Rappelez bien plutôt ce cœur qui tant de foisMa fait de mon devoir reconnaître la voix :

11 en est temps. Forcez votre amour à se taire;

Et, dun œil que la gloire et la raison éclaire,Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur.Vous-même, contre vous fortifiez mon cœur;

Aidez-moi, sil se peut, à vraincre ma faiblesse,

A retenir des pleurs qui méchappent sans cesse :

Ou, si nous ne pouvons commander à nos pleurs,

Que la gloire du moins soutienne nos douleurs ;

Et que tout lunivers reconnaisse sans peineLes pleurs dun empereur et les pleurs dune reine.

Car enfin, ma princesse, il faut nous séparer.

BÉRÉNICE.

Ah cruel ! est-il temps de me le déclarer?

Quavez-vous fait? Hélas! je me suis crue aimée;

Au plaisir de vous voir mon Ame accoutuméeNe vit plus que pour vous : ignoriez-vous vos loisQuand je vous lavouai pour la première fois?

A quel excès damour mavez-vous amenée!

Que ne me disiez-vous : Princesse infortunée,

vas-tu tengager, et quel est ton espoir?

Ne donne point un cœur quon ne peut recevoir !

Ne lavez-vous reçu, cruel, que pour le rendre,

Quand de vos seules mains ce cœur voudrait dépendre?Tout lempire a vingt fois conspiré contre nous :