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Théâtre complet de J. Racine
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302
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BÉRÉNICE.

302

Suivez les doux transports oh l’amour vous invite.

ANTIOCHUS.

Arsace, je me vois chargé de sa conduite :

Je jouirai longtemps de ses chers entretiens;

Ses yeux même pourront s’accoutumer aux miens,

Et peut-être son cœur fera la différenceDes froideurs de Titus à ma persévérance.

Titus m’accable ici du poids de sa grandeur;

Tout disparaît dans Rome auprès de sa splendeur :

Mais quoique l’Orient soit plein de sa mémoire,

Bérénice y verra des traces de ma gloire.

ARSACE.

N’en doutez point, seigneur, tout succède à vos vœux.

ANTIOCHUS.

Ah ! que nous nous plaisons à nous tromper tous deux !

ARSACE.

Et pourquoi nous tromper?

ANTIOCHUS.

Quoi ! je lui pourrais plaire?Bérénice il mes vœux ne serait plus contraire?

Bérénice d’un mot flatterait mes douleurs ?

Penses-tu seulement que parmi ses malheurs,

Quand l’univers entier négligerait ses charmes,

L’ingrate me permît de lui donner des larmes,

Ou qu’elle s’abaissât jusques à recevoirDes soins qu’à mon amour elle croirait devoir?

ARSACE.

Et qui peut mieux que vous consoler sa disgrâce?

Sa fortune, seigneur, va prendre une autre face :

Titus la quitte.

ANTIOCHUS.

Hélas ! de ce grand changement,

Il ne me reviendra que le nouveau tourmentD’apprendre par ses pleurs à quel point elle l’aime :

Je la verrai gémir; je la plaindrai moi-même.

Pour fruit de tant d’amour, j’aurai le triste emploiDe recueillir des pleurs qui ne sont pas pour moi.

ARSACE.

Quoi! ne vous plairez-vous qu’à vous gêner sans cesse?Jamais dans un grand cœur vit-on plus de faiblesse?Ouvrez les yeux, seigneur, et songeons entre nous