ACTE III, SCÈNE II. SOI
Mon règne ne sera qu’un long bannissement,
Si Je ciel, non content de me l’avoir ravie,
Veut encor m'affliger par une longue vie.
Vous, que l’amitié seule attache sur ses pas,
Prince, dans son malheur ne l’abandonnez pas :
Que l’Orient vous voie arriver à sa suite;
Que ce soit un triomphe, et non pas une fuite.
Qu’une amitié si belle ait d’éternels liens;
Que mon nom soit toujours dans tous vos entretiens.
Pour rendre vos États plus voisins l’un de l’autre,
L’Euphrate bornera son empire et le vôtre.
Je sais que le sénat, tout plein de votre nom,
D’une commune voix confirmera ce don.
Je joins la Cilicie à votre Comagène.
Adieu. Ne quittez point ma princesse, ma reine,
Tout ce qui de mon cœur fut l’unique désir,
Tout ce que j’aimerai jusqu’au dernier soupir.
SCÈNE II.
ANTIOCIIUS, AP.SACE.
ARSACE.
Ainsi le ciel s’apprête à vous rendre justice.
Vous partirez, seigneur, mais avec Bérénice :
Loin de vous la ravir, on va vous la livrer.
ANTIOCIIUS.
Arsace, laisse-moi le temps de respirer.
Ce changement est grand, ma surprise est extrême :Titus entre mes mains remet tout ce qu’il aime !Dois-je croire, grands dieux ! ce que je viens d’ouïr?Et, quand je le croirais, dois-je m’en réjouir?
ARSACE.
Mais, moi-même, seigneur, que faut-il que je croie?Quel obstacle nouveau s’oppose à votre joie?
Me trompiez-vous tantôt au sortir de ces lieux,Lorsque encor tout ému de vos derniers adieux,Tremblant d’avoir osé s’expliquer devant elle,
Votre cœur me contait son audace nouvelle?
Vous fuyiez un hymen qui vous faisait trembler.
Cet hymen est rompu : quel soin peut vous troubler?
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