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Théâtre complet de J. Racine
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BÉRÉNICE.

Cenl fois je nie suis fait une douceur extrêmeD’entretenir Titus dans un autre lui-même.

ANTIOCllUS.

Et c’est ce que je fuis. J’évite, mais trop tard,

Ces cruels entretiens où je n’ai point de part.

Je fuis Titus ; je fuis ce nom qui m’inquiète,

Ce nom qu’à tous moments votre bouche répète :

Que vous dirai-je enfin? je fuis des yeux distraits,

Qui, me voyant toujours, ne me voyaient jamais.Adieu- Je vais, le cœur trop plein de votre image,Attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage.Surtout ne craignez point qu’une aveugle douleurRemplisse l’univers du bruit de mon malheur :Madame, le seul bruit d’une mort que j’imploreVous fera souvenir que je vivais encore.

Adieu.

SCENE V.

BÉRÉNICE, PHÉNICE.

PIIÉNICE.

Que je le plains! Tant de fidélité,Madame, méritait plus de prospérité.

Ne le plaignez-vous pas?

BÉRÉNICE.

Cette prompte retraiteMe laisse, je l’avoue, une douleur secrète.

PUÉN1CE.

Je l’aurais retenu.

BÉRÉNICE.

Qui? moi, le retenir !

J’en dois perdre plutôt jusques au souvenir.

Tu veux donc queje flatte une ardeur insensée?

PHÉNICE.

Titus n’a point encore expliqué sa pensée.

Rome vous voit, madame, avec des yeux jaloux :

La rigueur de ses lois m’épouvante pour vous.L’hymen chez les Romains n’admet qu’une Romaine :Rome hait tous les rois; et Bérénice est reine.

BÉRÉNICE.

Le temps n’est plus, Pliénice, où je pouvais trembler.