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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
250
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BRll'ANNICL'S.

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SCENE JJ.

NÉRON, AGRIPPINE.

AGRIPPINE, s’asseyant.

Approchez-vous, Néron, et prenez votre place.

On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse.J'ignore de quel crime on a pu me noircir :

De tous ceux que j’ai faits je vais vous éclaircir.

Vous régnez : vous savez combien votre naissanceEntre l’empire et vous avait mis de distance.

Les droits de mes aïeux, que Rome a consacrés,Étaient môme sans moi d’inutiles degrés.

Quand de Britannicus la mère condamnéeLaissa de Claudiusdisputer l’hyménée,

Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix,

Qui de ses affranchis mendièrent les voix,

Je souhaitai son lit, dans la seule penséeDe vous laisser au trône où je serais placée.

Je fléchis mon orgueil ; j’allai prier l’allas.

Son maître, chaque jour caressé dans mes bras,

Prit insensiblement dans les yeux de sa nièceL’amour où je voulais amener sa tendresse.

Mais ce lien du sang qui nous joignait tous deuxÉcartait Claudius d’un lit incestueux :

11 n’osait épouser la tille de son frère.

Le sénat fut séduit : une loi moins sévère

Mit Claude dans mou lit, et Rome à mes geuoux.

C’était beaucoup pour moi : ce n’était rien pour vous.

Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille;

Je vous nommai son gendre, et vous donnai sa fille :Silanus, qui l’aimait, s’en vit abandonné,

Et marqua de son sang ce jour infortuné.

Ce n’était rien encore. Eussiez-vous pu prétendreQu’un jour Claude à son tils dût préférer son gendre?De ce même Pallas j’implorai le secours :

Claude vous adopta, vaincu par ses discours,

Vous appela Néron, et du pouvoir suprêmeVoulut avant le temps vous faire part lui-même.

C’est alors que chacun, rappelant le passé,

Découvrit mon dessein déjà trop aiancé;