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Théâtre complet de J. Racine
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245
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ACTE II], SCÈNE VII.

Madame; il me restait d’être oublié de vous.

JUNIE.

Dans un temps plus heureux, ma juste impatienceVous ferait repentir de votre défiance :

Mais Néron vous menace; en ce pressant danger,Seigneur, j’ai d’autres soins que de vous affliger.Allez, rassurez-vous, et cessez de vous plaindre;Néron nous écoutait, et m’ordonnait de feindre.

DlilTANNICUS.

Quoi! le cruel._

JUNIE.

Témoin de tout notre entretien,D’un visage sévère examinait le mien,

Prêt à faire sur vous éclater la vengeanceD’un geste confident de notre intelligence.

BR1TANNICUS.

Néron nous écoutait, madame! Mais, hélas!

Vos yeux auraient pu feindre et ne m’abuser pas :Ils pouvaient me nommer l’auteur de cet outrage.L’amour est-il muet, ou n’a-t-il qu’un langage ?De quel trouble un regard pouvait me préserver !11 fallait...

JUNIE.

Il fallait me taire et vous sauver.

Combien de fois, hélas ! puisqu’il faut vous le dire,Mon cœur de son désordre allait-il vous instruire 1De combien de soupirs interrompant le cours,

Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours !

Quel tourment de se taire en voyant ce qu’on aune,De l’entendre gémir, de l’affliger soi-même,

Lorsque par un regard on peut le consoler !

Mais quels pleurs ce regard aurait-il fait couler 1Ahl dans ce souvenir, inquiète, troublée,

Je ne me sentais pas assez dissimulée :

De mon front effrayé je craignais la pilleur ;

Je trouvais mes regards trop pleins de ma douleur :Sans cesse il me semblait que Néron en colèreMe venait reprocher trop de soin de vous plaire :

Je craignais mon amour vainement renfermé;

Enfin, j’aurais voulu n’avoir jamais aimé.

Hélas ! pour son bonheur, seigneur, et pour le nfttre,

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