Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
232
Einzelbild herunterladen
 

232

RR1TANNICIJS.

Les dieux ont prononcé. Loin de leur contredire,Cest à vous de passer du côté do lempire.

En vain de ce présent ils mauraient honoré,

Si votre cœur devait en être séparé;

Si tan t de soins ne sont adoucis par vos charmes ;

Si, tandis que je donne aux veilles, aux alarmes,

Des jours toujours à plaindre et toujours enviés,

Je ne vais quelquefois respirer à vos pieds.

QuOctavie à vos yeux ne fasse point domhrage;Rome, aussi bien que moi, vous donne son suffrage,Répudie Octavie, et me fait dénouerUn hymen que le ciel ne veut point avouer.

Songez-y donc, madame, et pesez en vous-mêmeCe choix digne des soins dun prince qui vous aime,Digne de vos beaux yeux trop longtemps captivés,Digne de lunivers, il qui vous vous devez.

JUNIE.

Seigneur, avec raison je demeure étonnée.

Je me vois, dans le cours dune même journée,Comme une criminelle amenée en ces lieux ;

Et lorsquavec frayeur je parais à vos yeux,

Que sur mon innocence à peine je me fie,

Vous moffrez tout dun coup la place dOctavie.

Jose dire pourtant que je nai méritéNi cet excès dhonneur, ni cette indignité.

Et pouvez-vous, seigneur, souhaiter quune filleQui vit presque en naissant éteindre sa famille,

Qui, dans lobscurité nourrissant sa douleur,

Sest fait une vertu conforme à sou malheur,

Passe subitement de cette nuit profonde

Dans un rang qui lexpose aux yeux de tout le monde,

Dont je nai pu de loin soutenir la clarté,

Et dont une autre enfin remplit la majesté?

NÉRON.

Je vous ai déjà dit que je la répudie :

Ayez moins de frayeur, ou moins de modestie.Naccusez point ici mon choix daveuglement :

Je vous réponds de vous ; consentez seulement.

Du sang dont vous sortez rappelez la mémoire ;

Et ne préférez point, à la solide gloire

Des honneurs dont César prétend vous revèlir,