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Théâtre complet de J. Racine
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227
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ACTE il, SCÈNE II.

Fuit, et ne daigne pas peut-être sinformerSi César est aimable, ou bien sil sait aimer!Dis-moi, Britannicus Taime-t-il?

NAUCISSE.

Quoi ! sil laime,

Seigneur?

NÉRON.

Si jeune encor, se connalt-il lui-même?Dun regard enchanteur connaît-il le poison?

NARCISSE.

Seigneur, lamour toujours nattend pas la raison.

Nen doutez point, il laime. Instruits par tant de charmes,Ses yeux sont déjà laits à lusage des larmes ;

A ses moindres désirs il sait saccommoder;

Et peut-être déjà sait-il persuader.

NÉRON'.

Que dis-tu? Sur son ceeur il aurait quelque empire?

NARCISSE.

Je ne sais. Mais, seigneur, ce que je puis vous dire,

Je lai vu quelquefois sarracher de ces lieux,be cœur plein dun courroux quil cachait à vos yeux,Dune cour qui le fuit pleurant lingratitude,

Las de votre grandeur et de sa servitude,

Entre limpatience et la crainte llottant;

Il allait voir Junie, et revenait content.

NÉRON.

Dautant plus malheureux quil aura su lui plaire,

Narcisse, il doit plutôt souhaiter sa colère :

Néron impunément ne sera pas jaloux.

NARCISSE.

Vous? Et de quoi, seigneur, A'ous inquiétez-vous?

Junie a pu le plaindre et partager ses peines ;

Elle na vu couler de larmes que les siennes :

Mais aujourdhui, seigneur, que ses yeux dessillés,Regardant de plus près léclat dont vous brillez,

Verront autour de vous les rois sans diadème,

Inconnus dans la foule, et son amant lui-même,

Attachés sur vos yeux, shonorer dun regardQue vous aurez sur eux fait tomber au hasard ;

Quand elle vous verra, de ce degré de gloire,

Venir en soupirant avouer sa victoire;