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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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215
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ACTE I, SCÈNE I.

Je sens que je deviens importune à mon tour.

AMINE.

Quoi ! vous à qui Néron doit le jour quil respire,

Qui lavez appelé de si loin à lempire?

Vous qui, déshéritant le fils de Claudius,

Avez nommé César lheureux Domitius ?

Tout lui parle, madame, en faveur dAgrippine :

11 vous doit son amour.

AGRIPPINE.

Il me le doit, Albine :

Tout, sil est généreux, lui prescrit cette loi ;

Mais tout, sil est ingrat, lui parle contre moi.

ALPINE.

Sil est ingrat, madame? Ah ! toute sa conduiteMarque dans son devoir une âme trop instruite.

Depuis trois ans entiers qua-t-il dit, qua-t-il faitQui ne promette à Rome un empereur parfait?

Rome, depuis trois ans par ses soins gouvernée,

Au temps de ses consuls croit être retournée :

Tl la gouverne en père. Enfin, Néron naissantA toutes les vertus dAuguste vieillissant.

AGRIPPINE.

Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste.

Il commence, il est vrai, par finit Auguste ;

Mais crains que, lavenir détruisant le passé,

Il ne finisse ainsi quAuguste a commencé.

Il se déguise en vain : je lis sur son visageDes fiers Domitius lhumeur triste et sauvage :

11 mêle avec lorgueil quil a pris dans leur sangLa fierté des Nérons quil puisa dans mon flanc.Toujours la tyrannie a dheureuses prémices :

De Rome, pour un temps, Caïusfutles délices;

Mais, sa feinte bonté se tournant en fureur,

Les délices de Rome en devinrent lhorreur.

Que mimporte, après tout, que Néron plus fidèleDune longue vertu laisse un jour le modèle?

Ai-je mis dans sa main le timon de lÉtatPour le conduire au gré du peuple et du sénat?

Ah ! que de la patrie il soit, sil veut, le père :

.Mais quil songe un peu plus quAgrippine est sa mère.De quel nom cependant pouvons-nous appeler