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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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142
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I kl ANDROMAQUE.

Et, de sang tout couvert, échauffant le carnage ;

Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourantsDans la fiamme étouffés, sous le fer expirants ;

Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :

Voilà comme Pyrrhus vint soffrir à ma vue,

Voilà par quels exploits il sut se couronner;

Enfin, voilà lépoux que tu me veux donner.

Non, je ne serai point complice de ses crimes :

Quil nous prenne, sil veut, pour dernières victimes.

Tous mes ressentiments lui seraient asservis !

CÉPH1SE.

Eli bien, allons donc voir expirer votre fils :

On nattend plus que vous... Vous frémissez, madame?

ANDROMAQUE.

Ah ! de quel souvenir viens-tu frapper mon Ame !

Quoi 1 Cépliise, jirai voir expirer encorCe fils, ma seule joie, et limage dHector?

Ce fils, que de sa flamme il me laissa pour gage?

Hélas ! je men souviens : le jour que son courageLui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas,

Il demanda son fils, et le prit dans ses bras :

« Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes,

« Jignore quel succès le sort garde à mes armes ;

« Je te laisse mon fils pour gage de ma foi :

< Sil me perd, je prétends quil me retrouve en toi.

« Si dun heureux hymen la mémoire test chère,

« Montre au fils à quel point tu chérissais le père. »

Et je puis voir répandre un sang si précieux?

Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux?

Roi barbare, faut-il que mon crime lentraîne?

Si je te hais, est-il coupable de ma haine?

Ta-t-il de tous les siens reproché le trépas?

Sest-il plaint à tes yeux des maux quil ne sent pas?

Mais cependant, mon fils, tu meurs si je narrèteLe fer que le cruel tient levé sur ta tète.

Je len puis détourner, et je ty vais offrir?...

Non, tu ne mourras point, je ne le puis souffrir.

Allons trouver Pyrrhus. Mais non, chère Céphise,

Va le trouver pour moi.

cÉrniSE.

Que faut-il que je dise?