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Théâtre complet de J. Racine
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141
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ACTE III, SCÈNE VIII.

Cest craindre, menacer, et gémir trop longtemps.

Je meurs si je vous perds ; mais je meurs si jattends.Songez y; je vous laisse : et je viendrai vous prendrePour vous mener au temple oii ce fds doit mattendre;Et vous me verrez, soumis ou furieux,

Vous couronner, madame, ou le perdre à vos yeux.

SCÈNE VIII.

ANDROMAQUE, CÉPHISE.

CEPIIISE.

Je vous lavais prédit, quen dépit de la GrèceDe votre sort encor vous seriez la maîtresse.

ANDROMAQUE.

Hélas ! de quel effet tes discours sont suivis !

Il ne me restait plus quà condamner mon fils.

cépiiise.

Madame, à votre époux cest être assez fidèle :

Trop de vertu pourrait vous rendre criminelle.

Lui-méme il porterait votre âme à la douceur.

ANDROMAQUE.

Quoi ! je lui donnerais Pyrrhus pour successeur ?

cépiiise. '

Ainsi le veut son fils, que les Grecs vous ravissent.Pensez-vous quaprès tout ses mânes en rougissent ;

Quil méprisât, madame, un roi victorieuxQui vous fait remonter au rang de vos aïeux,

Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère,Qui ne se souvient plus quAchille était son père,

Qui dément ses exploits et les rend superflus?

ANDROMAQUE.

Dois-je les oublier, sil ne sen souvient plus?

Dois-je oublier Hector privé de funérailles,

Et traîné sans honneur autour de nos murailles?

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé,Ensanglantant lautel quil tenait embrassé?

Songe, songe, Cépiiise, à cette nuit cruelleQui fut pour tout un peuple une nuit éternelle ;

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,

Entrant à la lueur de nos palais brûlants,

Sur tous mes frères morts se faisant un passage,