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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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133
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ACTE III, SCÈNE ï.

Pour jamais de sa vue allait être éloignée ;

Son cœur, entre lamour et le dépit confus,

Pour se donner à moi nattendait quun refus :

Ses yeux souvraient, Pylade; elle écoutait Oreste,Lui parlait, le plaignait. Un mot eût fait le reste.

PY'LADE.

Vous le croyez?

ORESTE.

quoi ! ce courroux enflamméContre un ingrat...

PYLADE.

Jamais il ne fut plus aimé.Pensez-vous, quand Pyrrhus vous laurait accordéeQuun prétexte tout prêt ne l'eût pas retardée?

Men croirez-vous? Lassé de ses trompeurs attraits,Au lieu de lenlever, fuyez-la pour jamais.

Quoi ! votre amour se veut charger dune furieQui vous délestera, qui, toute votre vie,Regrettant un hymen tout prêt à sachever,Voudra...

Oïl ESTE.

Cest pour cela que je veux lenlever.

Tout lui rirait, Pylade : et moi, pour mon partage,Je nemporterais donc quune inutile rage?

Jirais loin delle encor tûclier de loublier?

Non, non : à mes tourments je veux lassocier ;

Cest trop gémir tout seul. Je suis las quon me plaigJe prétends quà mon tour linhumaine me craigne,Et que ses yeux cruels, à pleurer condamnés,

Me rendent tous les noms que je leur ai donnés.

PYLADE.

Voilà donc le succès quaura votre ambassade !Oreste ravisseur !

ORESTE.

Et quimporte, Pylade?

Quand nos États vengés jouiront de mes soins,Lingrate de mes pleurs jouira-t-elle moins?

Et que me servira que la Grèce madmire,Tandis que je serai la fable de TÉpire?

Que veux-tu? Mais, sil faut ne te rien déguiser,Mon innocence enfin commence à me peser.