(18 ANDROMAQUE.
J’allais, seigneur, pleurer un moment avec lui :
Je ne l’ai point encore embrassé d'aujourd'hui I
PYRRHUS
Ah madame ! les Grecs, si j’en crois leurs alarmes,Vous donneront bientôt d’autres sujets de larmes.
ANDROMAQUE.
Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé,Seigneur? QuelqueTroyen vous est-il échappé?
PTRRIIUS.
Leur haine pour Hector n’est pas encore éteinte :lis redoutent son fils.
ANDROMAQUE.
Digne objet de leur crainte !
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encorQue Pyrrhus est son maître, et qu’il est fils d’Hector 1
PYRRHUS.
Tel qu’il est, tous les Grecs demandent qu’il périsse.Le fils d’Agamemnon vient hâter son supplice.
ANDROMAQUE.
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ?
Est-ce mon intérêt qui le rend criminel?
Hélas ! on ne craint point qu’il venge un jour son pèreOn craint qu’il n’essuyât les larmes de sa mère.
11 m’aurait tenu lieu d’un père et d’un époux :
Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups
PYRRHUS.
Madame, mes refus ont prévenu vos larmes.
Tous les Grecs m’ont déjà menacé de leurs armes :Mais, dussent-ils encore, en repassant les eaux,Demander votre fils avec mille vaisseaux ;
Coûtât-il tout le sang qu’Hélène a fait répandre;Dussé-je après dix ans voir mon palais en cendre ;
Je ne balance point, je vole à son secours,
Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours.
Mais, parmi ces périls où je cours pour vous plaire,Me reluserez-vous un regard moins sévère ?
Haï de tous les Grecs, pressé de tous côtés,
Me faudra-t-il combattre encor vos cruautés?
Je vous offre mon bras. Puis-je espérer encoreQue vous accepterez un cœur qui vous adore?
En combattant pour vous, me sera-t-ii permis