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Théâtre complet de J. Racine
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ACTE I, SCÈNE I.

Car enfin nattends pas que mes feux redoublésDes périls les plus grands puissent être troublés.Puisquaprès tant defforts ma résistance est vaine,

Je me livre en aveugle au transport qui mentraîne.J'aime : je viens chercher Ilermione en ces lieux,

Ea fléchir, lenlever, ou mourir à ses yeux.

Toi qui connais Pyrrhus, que penses-tu quil fasse?Dans sa cour, dans son cœur, dis-moi ce qui se passe.Mon Ilermione encor le tient-elle asservi ?

Me rendra-t-il, Pylade, un bien quil ma ravi?

PYLADE.

Je vous abuserais si josais vous promettreQuentre vos mains, seigneur, il voulût la remettre :Non que de sa conquête il paraisse flatté.

Pour la veuve dIIector ses feux ont éclaté ;

J1 laime : mais enfin celte veuve inhumaineNa payé jusquici son amour que de haine;

Et chaque jour encore on lui voit tout tenterPour fléehir sa captive, ou pour lépouvanter.

De son fils quil lui cache il menace la tête,

Et fait couler des pleurs quaussitôt il arrête.Ilermione elle-même a vu plus (le cent foisCet amant irrité revenir sous ses lois,

Et, de ses vœux troublés lui rapportant lhommage,Soupirer à ses pieds moins damour (pie de rage.

Ainsi nattendez pas que Ton puisse aujourdhuiVous répondre (lun cœur si peu maître de lui :

11 peut, seigneur, il peut, dans ce désordre extrême,Épouser ce quil hait, et perdre ce quil aime.

ORESTE.

Mais (lis-moi de quel œil Ilermione peut voirSon hymen différé, ses charmes sans pouvoir.

PYLADE.

Ilermione, seigneur, au moins en apparence,

Semble de son amant dédaigner l'inconstance,

Et croit que, trop heureux de fléchir sa rigueur,

Il la viendra presser de reprendre son cœur.

Mais je lai vue enfin me confier ses larmes :

Elle pleure en secret le mépris do ses charmes;Toujours prête h partir, et demeurant toujours,Quelquefois elle appelle Oreste ii son secours.

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