106
ALEXANDRE.
Reconnaisse un vainqueur, et te demande rien.
Parie : et, sans espérer que je blesse ma gloire,Voyons comme tu sais user de la victoire.
ALEXANDRE.
Votre fierté, Porus, ne se peut abaisser :
Jusqu’au dernier soupir vous m’osez menaeer.
En effet, ma victoire en doit être alarmée,
Votre nom peut encor plus que toute une armée .
Je m’en dois garantir. Parlez donc, dites-moi,Comment prétendez-vous que je vous traite?
PORUS.
En roi.
ALEXANDRE.
Eh bien ! c’est donc en roi qu’il faut que je vous traiteJe ne laisserai point ma victoire imparfaite ;
Vous l’avez souhaité, vous ne vous plaindrez pas.Régnez toujours, Porus; je vous rends vos États.Avec mon amitié recevez Axiane :
A des liens si doux tous deux je vous condamne.Vivez, régnez tous deux, et seuls de tant de roisJusques aux bords du Gange allez donner vos lois.
(à Cléofile. )
Ce traitement, madame, a droit de vous surprendre :Mais enfin c’est ainsi que se venge Alexandre.
Je vous aime ; et mon cœur, touché de vos soupirs,Voudrait par mille morts venger vos déplaisirs.
Mais vous-même pourriez prendre pour une offenseLa mort d’un ennemi qui n’est plus en défense :
Il en triompherait; et, bravant ma rigueur,
Porus dans le tombeau descendrait en vainqueur.Souffrez que, jusqu’au bout achevant ma carrière, .J’apporte à vos beaux yeux ma vertu tout entière.Laissez régner Porus couronné par mes mains;
Et commandez vous-même au reste des humains.Prenez les sentiments que ce rang vous inspire ;Faites, dans sa naissance, admirer votre empire ;
Et, regardant l’éclat qui se répand sur vous,
De la sœur de Taxile oubliez le courroux.
AXIANE.
Oui, madame, régnez ; et souffrez que moi-mènieJ’admire le grand cœur d’un héros qui vous aime.