ACTE 1, SCÈNE II. 07
Veuf du bruit de son cours remplir tout l’univers.
Que sert de l’irriter par un orgueil sauvage?
D’un favorable accueil honorons son passage;
Et, lui cédant des droits que nous reprendrons bien,Rendons-lui des devoirs qui ne nous coûtent rien.
PORDS.
Qui ne nous coûtent rien, seigneur? l’osez-vous croire?Compterai-je pour rien la perte de ma gloire?
Votre empire et le mien seraient trop achetésS’ils coûtaient à Porus les moindres lâchetés.
Mais croyez-vous qu’un prince enflé de tant d’audaceDe son passage ici ne laissât point de trace?
Combien de rois, brisés à ce funesteécueil,
Ne régnent plus qu’autant qu’il plaît à son orgueil !
Nos couronnes, d’abord devenant ses conquêtes,
Tant que nous régnerions flotteraient sur nos têtes;
Et nos sceptres, en proie à ses moindres dédains,
Dès qu’il aurait parlé tomberaient de nos mains.
Ne dites point qu’il court de province en province :
Jamais de ses liens il ne dégage un prince;
Et, pour mieux asservir les peuplés sous ses lois,
Souvent dans la poussière il leur cherche des rois.
Mais ces indignes soins touchent peu mon courage :
Votre seul intérêt m’inspire ce langage.
Porus n’a point de part dans tout cet entretien,
Et quand la gloire parle il n’écoute plus rien.
TAXILE.
J’écoute, comme vous, ce que l’honneur m’inspire,
Seigneur; mais il m’engage à sauver mon empire.
PORUS.
Si vous voulez sauver l’un et l’autre aujourd’hui,
Prévenons Alexandre, et marchons contre lui.
TAX1I.E.
L’audace et le mépris sont d’infidèles guides.
PORUS.
La honte suit de près les courages timides.
TAXILE.
Le peuple aime les rois qui savent l’épargner.
PORUS.
11 estime encor plus ceux qui savent régner.
TAXILE.
Ces conseils ne plairont qu’à des âmes hautaines.