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Théâtre complet de J. Racine
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66
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ALEXANDlliï.

Je rends à sa valeur un légitime hommage :

Mais je veux à mon tour mériter les tributsQue je me sens forcé de rendre il ses vertus.

Oui, je consens quau ciel on élève Alexandre :

Mais si je puis, seigneur, je len ferai descendre,

lît jirai lattaquer jusque sur les autels

Que lui dresse en tremblant le reste des mortels.

Cest ainsi quAlexandre estima tous ces princesDont sa valeur pourtant a conquis les provinces :

Si son cœur dans lAsie eût montré quelque effroi,Darius en mourant laurait-il vu son roi?

TAXILE.

Seigneur, si Darius avait su se connaître,

Il régnerait encore règfie un autre maître.Cependant cet orgueil qui causa son trépasAvait un fondement que vos mépris nont pas

La valeur dAlexandre à peine était connue ;

Ce foudre était encore enfermé dans la nue,

Dans un calme profond Darius endormiIgnorait jusquau nom dun si faible ennemi.

11 le connut bientôt ; et son âme, étonnée,

De tout ce grand pouvoir se vit abandonnée -11 se vit terrassé dun bras victorieux ;

Et la foudre en tombant lui fit ouvrir les yeux.

PORUS.

Mais encore, à quel prix croyez-vous quAlexandreMette lindigne paix dont il veut vous surprendre?Demandez-le, seigneur, à cent peuples diversQue cette paix trompeuse a jetés dans les fers.

Non, ne nous flattons point : sa douceur nous outrage;Toujours son amitié traîne un long esclavage ;

En vain on prétendrait noliéir quà demi,

Si Ton nest son esclave, on est son ennemi.

TAXILE.

Seigneur, sans se montrer lâche ni téméraire,

Par quelque vain hommage on peut le satisfaire.Flattons par des respects ce prince ambitieuxQue son bouillant orgueil appelle en d'autres lieux.Cest un torrent qui passe, et dont la violenceSur tout ce qui larrête exerce sa puissance ;

Qui, grossi du débris de cent peuples divers