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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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ACTE UI, SCÈNE VI.

Ers lieux frères par moi devinrent ennemis ;

Et je devins, Attale, ennemi de mon fds.

Enfin, ce même jour, je fais rompre la trêve,

J’excite le soldat, toutle camp se soulève,

On se bat ; et voilà qu’un fils désespéré

Meurt, et rompt un combat que j’ai tant préparé.

Mais il me reste un fils ; et je sens que je l’aimeTout rebelle qu’il est, et tout mon rival même :

Sans le perdre, je veux perdre mes ennemis.

11 m’en coûterait trop, s’il m’en coûtait deux fils.

Des deux princes, d’ailleurs, la haine est trop puissante ;Ne crois pas qu’à la paix jamais elle consente.

Moi-même je saurai si bien l’envenimer,

Qu’ils périront tous deux plutôt que de s’aimer.

Les autres ennemis n’ont que de courtes haines;

Mais quand de la nature on a brisé les chaînes,

Cher Attale, il n’est rien qui puisse réunirCeux que des nœuds si forts n’ont pas su retenir •

L’on hait avec excès lorsque Ton hait un frère.

Mais leur éloignement ralentit leur colère :

Quelque haine qu’on ait contre un fier ennemi,

Quand il est loin de nous, on la perd à demi.

Ne t’étonne donc plus si je veux qu’ils se voient :

Je veux qu’en se voyant leurs fureurs se déploient;

Que rappelant leur haine, au lieu de la chasser,lis s’étouffent, Attale, en voulant s’embrasser.

ATTALE.

Vous n’ave?, plus, seigneur, à craindre que vous-même :On porte ses remords avec le diadème.

CRÉON.

Quand on est sur le trône on a bien d’autres soins,

Et les remords sont ceux qui nous pèsent le moins.

Du plaisir de régner une âme possédéeDe toutle temps passé détourne son idée;

Et de tout autre objet un esprit éloigné

Croit n’avoir point vécu tant qu’il n’a point régné.

Mais allons. Le remords n’est pas ce qui me touche,

Et je n’ai plus un cœur que le crime effarouche :

Tous les premiers forfaits coûtent quelques efforts;

Mais, Attale, on commet les seconds sans remords.

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