3fi LES FRÈRES ENNEMIS.
Que Thèbes se rassure après ce grand effort ;
Puisqu’il change votre âme, il changera son sort.
La paix dès ce moment n’est plus désespérée :
Puisque Créon la veut, je la tiens assurée.
Bientôt ces cœurs de fer se verront adoucis :
Le vainqueur de Créon peut bien vaincre mes fils.
(à Éléocle. )
Qu’un si grand changement vous désarme et vous touche :Quittez, mon fils, quittez cette haine farouche ;
Soulagez une mère, et consolez Créon;
Rendez-moi Polynice, et lui rendez Hémon.
ÉTÉOCLE.
Mais enfin c’est vouloir que je m’impose un maître.
Vous ne l’ignorez pas, Polynice veut l’ètre ;
Il demande surtout le pouvoir souverain,
Et ne veut revenir que le sceptre à la main.
SCÈNE V.
JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, CRÉON, ATT ALE.ATTALE, à Étéocle.
Polynice, seigneur, demande une entrevue;
C’est ce que d’un héraut nous apprend la venue.
11 vous offre, seigneur, ou de venir ici,
Ou d’attendre en son camp.
créon.
Peut-être qu’adouci
Il songe à terminer une guerre si lente,
Et son ambition n’est plus si violente :
Par ce dernier combat il apprend aujourd’huiQue vous êtes au moins aussi puissant que lui.
Les Grecs même sont las de servir sa colère;
Et j’ai su, depuis peu, que le roi son beau-père,
Préférant à la guerre un solide repos,
Se réserve Mycène, et le fait roi d’Argos.
Tout courageux qu’il est, sans doute il ne souhaiteQue de faire en effet une honnête retraite.
Puisqu’il s’offre à vous voir, croyez qu’il veut la paixCe jour la doit conclure, ou la rompre à jamais-.
Tâchez dans ce dessein de l’affermir vous-mêmeEt lui promettez tout, hormis le diadème.