22 HISTOIRE DES ORDRES
Or, cet effet a lieu sur les Templiers ; et ce n’estpas , comme il arrive dans les grands corps, parun progrès lent et successif, c’est avec une rapi-dité qui effraie , et, pour ainsi dire, tout à coup.Jamais révolution de mœurs plus prompte etplus entière.
Ce qui étonne d’abord, c’est le passage presquesoudain d’une humilité profonde et d’une grandeaustérité , à un orgueil excessif et à une licenceeffrénée. Quant au premier , on connoît ce motde Richard Cœur-de-Lion, qui disoit que, vou-lant chasser les vices de sa cour , il avoit mariél’orgueil avec les Templiers. Quant à la licence ,on connoît le proverbe, boii'e comme un tem-plier.
Ce qui étonne ensuite, c’est une ambition dé-mesurée qui jaillit comme subitement du seind’un renoncement absolu. Pleins de leur force etde leur gloire, les Templiers ne veulent plusrien qui les domine : ils s’élèvent au dessus desrois , leur font la guerre , et pillent indifférem-ment infidèles et chrétiens.
Mais le plus déplorable, c’est qu’ils finissentpar s’avilir jusqu’à la perfidie : les histoires sontaussi pleines de leurs trahisons que de leurs bri-gandages. Entre mille traits , celui-ci suffira.
En 1228 , l’empereur Frédéric II vient dans la