VARIÉTÉS. a2 ÿ
Toujours environné de livres, il ne s’embarrassoitderien autre chose; et les seuls êtres vivans auxquelsil paroissoit s’intéresser étoient ses araignées; aussiil lui arrivoit souvent, au milieu de ses piles de li-vres, de crier à ceux dont la curiosité lui paroissoicimprudente : cc Prenez garde de faire du mal à mesaraignées (1). » Son habillement répondoit parfai-tement à son genre de vie : il se composoit d’unegrande veste brune qui lui tomboit sur les genoux ,d’un pantalon , d’un manteau noir plein de pièceset de coutures , d’un chapeau déformé à grandsbords percés de toutes parts , d’une large cravatetoute farcie de tabac , d’une chemise sale qu’il nequittait jamais tant qu’elle duroit et que l’on voyoità travers les coudes percés de sa veste. Enfin, unepaire de manchettes, qui ne tenoit pas à la chemise fachevoit ce brillant costume. Ajoutons qu’il avoittoujours en hiver une chaufferette ou couvet sus-pendu à ses mains, de sorte que la braise roussis-soit souvent ses manchettes ou lui bruloit les doigts.'Croiroit-on avec cela que Magliabecchi était dansl’aisance, et que son affabilité pour les gens de lettresne laissoit rien à désirer?
(1) Je ne sais si jamais Jérôme de Lalande lui a rendu visite;Mais à coup sûr Magliahecchi l’eût vu d’un Lien mauvais œil cou-rir après scs pauvres araignées et satisfaire son goût pour ce hideuxinsecte qu’il avaloit avec autant de plaisir qu’uji autre en eût euà savourer une pastille.