POÉTIQUE CURIEUSE. 57
Le dévot auteur, après s’être fàclié contre lesirrévérences que les dames commettent à l’église ,lenr'dit :
Vous faites à l’cglise avecquc votre têteCe que sur le clocher faisoit la girouette.
Si vous avez tenu le livre des prières,
Vous n’en avez jamais lu les pages entières,
Sans faire parenthèse avec quelque douillet,Tournant en meme temps la tête et le feuillet.Cependant l’oraison, pour n’avoir fait que rire,Ne s’achève pas là; cela s’en va sans dire.
Ensuite il s’escrime contre les joueuses ? dans lesvers suivans :
Voilà quant à l’cglise : allons à la maison,
Pour voir après cela si ma rime a raison.
Les livres que j’y vois de diverse peinture,
Sont les livres des rois non pas de l’Écriture;
J’y remarque au dedans différentes couleurs,
Rouge aux carreaux, aux cœurs ; noir aux piques, aux fleurs (i);Avecque ces beaux rois je vois encor des daines,
De ces pauvres maris les ridicules femmes.
Battez, battez-les bien, battez, Lattcz-les tous;
( N’épargnez pas les rois, les dames, ni les fous (2).
Je ne sais pas pourtant si vous les ferez sages ,
Ou si vous le serez en feuilletant ces pages.
Renoncez à carreaux, à cœurs, à fleurs, à piques,
(j) Jadis les trèfles sç nommoient fleurs.
(2) On appeloit ainsi les quatre valets. On sait que jadis il yavoit un fou en litre à la cour de nos rois; c’étoit un valet qui,doué d’un esprit assez délié, avoit le droit de tout dire, et souventfaisoit des plaisanteries fort piquantes contre les courtisans. Sousle prétexte de folie, on lui passoit tout.