POÉTIQUE CURIEUSE. 55
Passons à d’autres auteurs burlesques. Le pom-peux et ampoulé Brébeuf, gagné sans doute par lemauvais goût du temps, a bien osé entreprendrede faire le Lucain travesti; il l’intitula : La Phar-sale de Lucain, en vers enjoués. Paris, i655. Ildébute ainsi :
Je veux, pendant que je suisFranc de chagrins et d’ennuis,
Pendant que fureur divineS’allume dans ma poitrine,
Et qu’enflé comme un ballon ,
Je suis tout plein d’Apollon,
Vous chanter à la françoiseLa guerre plus que bourgeoise,
Qui se fit aux champs grégeois,
Entre deux riches bourgeois,
Etc.
Brébeuf auroit dû s’en tenir à sa première traduc-tion, Dans cette parodie, il a employé cent soixante-deux vers pour exprimer les sept premiers de laPharsale. Voici comment il peint la guerre civile :
Guerre folle et téméraireOù le gendre et le beau-pèreTâchèrent en furieuxA s’entr’arracher les yeux,
Se battirent, s’étrillèrent,
Rudement s’entre-cognèrent,
Comme il falloit haut et bas,
Ou comme il ne falloit pas.
Guerre sans ordre et sans règle,
Où l’aigle bourroit un aigle,
Et sans remords ni respectLe pîumoit â coups de bec ;
Où l’enfant voloit le père,
Le frère frottoit le frère,