APOLOGUE.
La table étant servie, arrivent à la fileLes conviés : quelques messieurs de ville ,
Trois nobles villageois ,
Puis des petits bourgeois ,
Le digne Pasteur du village,
Suivi du Magister, fort grave personnage,
Redouté des marmots, moins pourtant qu’autrefois.
Le marguillier lui-même aussi fut de la fête,
Avec Guillot son cousin,
Et son oncle Malhurin ,
Au lutrin fort bonne tête.
A peine est-on placé, que l’hôte, très courtois,
Généreux , populaire,
Presse chacun du geste et de la voix ,
Comme c’est l’ordinaire.
On dévore les mets ;
On les trouve parfaits.
Les vins de Bordeaux , de Bourgogne,
Enluminent plus d’une trogne.
Puis au dessert, le Lacryma- Christi ,
En petit verre à chacun réparti,
Dispense l’esprit à la ronde ,
Et fait caqueter tout le monde.
Enfin le doux moka , les plus fines liqueurs ,
De leur parfum divin enivrent tous les cœurs :
Tous les cœurs. je me trompe ; en un coin de la table
Guillot, son oncle Mathurin ,
Et le marguillier, leur voisin ,
Ne trouvoient point ce repas délectable.
De ces mets recherchés qu’ils ne connoissoient pas ,
Leurs palais affamés ne faisoient aucun cas ;
Et d’une pitoyable minePayant cette belle cuisine ,
Hélas ! ces pauvres bonnes gensNe desserrèrent pas les dents.
Aussi, cher lecteur, on rapporteQue , s’esquivant fort mécontens ,