VI
HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
cette raison que nous avons cru devoir consacrer tout un volume, un tiers de notre recueil,au tableau de l’épanouissement de cette formule nouvelle, dont nous avons vu ensuite lesapplications transformées par la mode factice venue d’Italie, dans notre seconde partie consa-crée aux créations de l’art composite franco-italien sous Louis Xll et François I . Pendantcette période, des nouveautés essentielles se manifestaient déjà dans les grandes construc-tions. Blois, Chambord surtout, présentent non seulement des motifs de décor, mais despartis de construction, des aménagements de plan qui n'appartiennent plus à la pure traditionfrançaise; mais ces nouveautés n’atteignaient pas encore notre domaine.
A peine, dans notre dernière partie, avons-nous pu rencontrer çà et là des fantaisies,souvent individuelles et sans postérité, comme le casino de Mondrainville à Caen, par exem-ple, qui nous ont accusé une brusque et complète volte-face. Ailleurs, ce sont presque tou-jours des adaptations lentes et progressives, des compromis plus ou moins timides, qui semanifestent, à côté du progrès, de l’évolution qui ne s’interrompt pas, évolution que la Renais-sance formelle accompagne sans l’avoir créée ni suscitée, vers un sens plus complet et plusparfait de l’habitation confortable et agréable à la vie de chaque jour.
On pourrait même soutenir que cette évolution, commencée en plein milieu gothique,la Renaissance classique, loin de la servir, l’a entravée et retardée. L'art du xvn e siècle, mêmesi nous restons toujours dans le domaine que nous nous sommes fixé ici, celui des hôtels etmaisons , conserve peu de chose de l’intimité, du caractère |mesuré et vraiment français de l’artantérieur; il sacrifie couramment au luxe extérieur, à la pompe, à la symétrie, à l’apparat; cesqualités ou ces défauts, suivant le point de vue où l’on se place, c’est à l’Italie, c'est à la Renais-sance qu’il les doit. Au contraire, il semble que ce soit le principe national qui fasse sa réap-parition avec le xvm e siècle et que l’évolution commencée au xv c siècle se continue dans unart plus réaliste, plus pratique, plus à la mesure des intelligences, des besoins et du goûtfrançais. Bien entendu, les siècles écoulés ont laissé leur trace, l’emprise italienne a été siforte que les traces et les suites ne s’en éliminent pas d’un seul coup. Mais l’esprit générald’une construction urbaine du temps de Louis XV nous paraît se rattacher par des liens cer-tains à celui de ces hôtels à la française du xv 1 ' siècle que nous avons étudiés, de même quel’œuvre d’un Chardin se rattache au fond, malgré les différences d'époque et les intermé-diaires dont l’influence n’est pas niable, à celle d’un Jean Bouquet.
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Fig. x. — Orléans : Détail, d’un plafond rue du Tabour