404 LA RELIGION ET L’ENTHOUSIASME.
jamais : et pourquoi donc ont-ils accepté
d’être jeunes, de vivre même, puisque celane devoit pas toujours durer? Pourquoi doncont-ils aimé, si tant est que cela leur soitjamais arrivé, puisque la mort pouvoit lesséparer des objets de leur affection ? Quelletriste économie que celle de l'ame ! elle nousa été donnée pour être développée, perfec-tionnée, prodiguée même dans un noble but.
Plus on engourdit la vie, plus on se rap-proche de l’existence matérielle et plus l’ondiminue, dira-t-on, la puissance de souffrir.Cet argument séduit un grand nombred’hommes, il consiste à tâcher d’exister lemoins possible. Cependant il y a toujoursdans la dégradation une douleur dont on nese rend pas compte, et qui poursuit sans cesseen secret : l’ennui, la honte, et la fatiguequ’elle cause sont revêtues des formes del’impertinence et du dédain par la vanité ;mais il est bien rare qu’on s’établisse en paixdans cette façon d’être sèche et bornée, quilaisse sans ressource en soi-même quandles prospérités extérieures nous délaissent.
, L’homme a la conscience du beau commecelle du bon, et la privation de l’un lui faitsentir le v.uicle, ainsi» que la déviation del’autre, le remords.