204 LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE.
circonstance particulière ce qui ne sauroitêtre admis comme loi générale ; mais danscette occasion il oublie qu’on pourroit faireune loi générale de ne sacrifier la vérité qu’àune autre vertu, car dès que l’intérêt person-nel est écarté d’une question, les sophismesne sont plus à craindre, et la conscience pro-noncé sur toutes choses avec équité.
La théorie de Kant en morale est sévèreet quelquefois sèche, parcequ’elle exclut lasensibilité. Il la regarde comme un refletdes sensations, et comme devant conduireaux passions dans lesquelles il entre toujoursde l’égoïsme ; c’est à cause de cela qu’iln’admet pas cette sensibilité pour guide, et qu’ilplace la morale sous la sauvegarde de prin-cipes immuables. Il n’est rien de plus sévèreque cette doctrine ; mais il y a une sévéritéqui attendrit alors même que les mouvementsdu cœur lui’sont suspects et qu’elle essaie deles bannir tous : quelque rigoureux que soitun moraliste, quand c’est à la consciencequ’il s’adresse, il est sûr de nous émouvoir.Celui qui dit à l’homme :—trouvez tout envous-même,—fait naître toujours dans l’amequelque chose de grand qui tient encore à lasensibilité même dont il exige le sacrifice. Il