188 LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE.
casion, pourroit faire un devoir des plusgrands forfaits, tant il est facile de conduireà l’absurde celui qui s’écarte des simples basesde la vérité. Rousseau a dit qu’il n’éloit paspermis à une nation d’acheter la révolution laplus désirable par le sang d’un innocent ; cessimples paroles renferment ce qu’il y a devrai, de sacré, de divin dans la destinée del’homme.
Ce n’est sûrement pas pour les avantages decette vie, pour assurer quelques jouissancesde plus à quelques jours d’existence, et retarderun peu la mort de quelques mourants, que laconscience et la religion nous ont été données.C’est pour que des créatures en possession dulibre arbitre choisissent ce qui est juste en sa-crifiant ce qui est utile, préfèrent l’avenir auprésent, l’invisible au visible, et la dignité del’espèce humaine à la conservation même desindividus.
Les individus sont vertueux quand ils sacri-fient leur intérêt particulier à l’intérêt général;mais les gouvernements sont à leur tour desindividus qui doivent immoler leurs avantagespersonnels à la loi du devoir ; si la morale deshommes d’état n’étoit fondée que sur le bienpublic, elle pourroit les conduire au crime, si