î 84 LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE.
haine qu’inspirent leurs injustices; mais plu-sieurs générations peuvent s’écouler avantque de si vastes fautes soient punies, et je nesais comment on pourrait prouver à un hommed’état dans toutes les circonstances, que tellerésolution, condamnable en elle-même, n’estpas utile, et que la morale et la politique sonttoujoui’s d’accord ; aussi ne le prouve-t-onpas, et c’est presque un axiome reçu, qu’onne peut les réunir.
Cependant que deviendrait le genre humain,si la morale n’étoit plus qu’un conte de vieillefemme fait pour consoler les foibles, en at-tendant qu’ils soient les plus forts ? Commentpourrait-elle rester en honneur dans les rela-tions privées, s’il étoit convenu que l’objetdes regards de tous, que le gouvernementpeut s’en passer? et comment cela ne seroit-il pas convenu, si l’intérêt est la base de lamorale ? Il y a, nul ne peut le nier, descirconstances où ces grandes masses qu’onappelle des empires, ces grandes masses enétat de nature l’une envers l’autre, trouventun avantage momentané à commettre une in-justice, mais la génération qui suit en a pres-que toujours souffert.
Kant, dans ses écrits sur la morale poli-