DE LA POÉSIE ALLEMANDE. 323
aux poésies fugitives de Voltaire; cette élé-gance de conversation et presque de ma-nières, transportée dans la poésie, n’apparte-noit qu’à la France, et Voltaire, en fait degrâce, étoit le premier des écrivains fran-çais. Il serait intéressant de- comparer lesstances de Schiller sur la perte de la jeunesse,intitulées l’Idéal, avec celles de Voltaire.
Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours, etc.
On voit, dans le poëte français, l’expres-sion d’un regret aimable, dont les plaisirs del’amour et les joies de la vie sont l’objet : lepoëte allemand pleure la perte de l’enthou-siasme et de l’iunocente pureté des penséesdu premier âge ; et c’est par la poésie et lapensée qu’il se flatte d’embellir encore le dé-clin de ses ans. Il n’y a pas dans les stancesde Schiller cette clarté facile et brillante quepermet un genre d’esprit à la portée de tout lemonde ; mais on y peut puiser des consola-tions qui agissent sur l’ame intérieurement.Schiller ne présente jamais les réflexions lesplus profoudes que revêtues de nobles ima-ges : il parle à homme comme la nature ellemême ; car la natyre est tout à la fois pen-
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