DU STYLE ET DE LA VERSIFICATION. 269
notre ame par le rhytlime cîes sons harm -nieux, et nous causent une double jouis-sance, qui naît de la sensation et de la ré-flexion réunies : mais si toutes les languessont également propres à dire ce que Tonpense, toutes ne le sont pas également à fairepartager ce que l’on éprouve, et les effets dela poésie tiennent encore plus à la mélodiedes paroles qu'aux idées qu’elles expriment.
L’allemand est la seule langue moderne quiait des syllabes longues et brèves comme legrec et le latin ; tous les autres dialectes eu-ropéens sont plus ou moins accentués, maisles vers ne sauraient s’y mesurer à la manièredes anciens d’après la longueur des syllabes :l’accent donne de l’unité aux phrases commeaux mots, il a du rapport avec la significationde ce qu’on dit; l’on insiste sur ce qui doitdéterminer le sens ; et la prononciation, enfaisant ressortir telle ou telle parole, rapportetout à l’idée principale. Il n’en est pasainsi de la durée musicale des sons dans lelangage; elle est bien plus favorable à lapoésie que l’accent, parcequ’elle n’a pointd’objet positif et qu’elle donne seulement unplaisir noble et vague comme toutes les jou-issances sans but. Chez les anciens, les syl-