210
LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.
vendons contre une philosophie qui a pourobjet le beau plutôt que l’utile.
Les Anglais ne séparent point, il est vrai,la dignité de l’utilité, et toujours il sont prêts,quand il le faut, à sacrifier ce qui est utile àce qui est honorable; mais ils ne se prêtentpas volontiers, comme il est dit dans Ilam-let, à ces conversations avec l’air dont les Al-lemands sont très épris. La philosophie desAnglais est dirigée vers les résultats avanta-geux au bien-être de l’humanité. Les Aile-mands s’occupent delà vérité pour elle-même,sans penser au parti que les hommes peuventen tirer. La nature de leurs gouvernementsne leur ayant point offert des occasionsgrandes et belles de mériter la gloire et deservir la patrie, ils s’attachent en tout genreà la contemplation, et cherchent dans le ciell’espace que leur étroite destinée leur refusesur la terre. Ils se plaisent dans l’idéal,pareequ’il n’y a rien dans l’état actuel deschoses qui parle à leur imagination. LesAnglais s’honorent avec raison de tout cequ’ils possèdent, de tout ce qu’ils sont, detout ce qu’ils peuvent être; ils placent leuradmiration et leur amour sur leurs lois, leursmœurs et leur culte. Ces nobles sentiments