DE LA SOTTISE DEDAIGNEUSE, &c.
93
aucune opinion n'étant admise comme in-contestable, on ne peut en avancer aucunesans être en état de la défendre; aussi lesgens médiocres sont-ils pour la plupart si-lencieux et ne répandent-ils d’autre agré-ment dans la société que celui d’une bien-veillance aimable. En Allemagne, les hom-mes distingués seuls savent causer, tandisqu’en France tout le monde s’en tire. Leshommes supérieurs en France sont indul-gents, les hommes supérieurs en Allemagnesont très sévères; mais en revanche les sotschez les Français sont dénigrants et jaloux, etles Allemands, quelque bornés qu’ils soient,savent encore se montrer encourageants etadmirateurs. Les idées qui circulent enAllemagne sur divers sujets sont nouvelles etsouvent bizarres; il arrive de là que ceuxqui les répètent paraissent avoir pendantquelque temps une sorte de profondeurusurpée. En France, c’est par les manièresqu’on fait illusion sur ce qu’on vaut. Cesmanières sont agréables, mais uniformes, etla discipline du bon ton achève de leur ôterce qu’elles pourraient avoir de varié.
Un homme d’esprit me racontoit qu’unsoir, dans un bal masqué, il passa devant une