DE L’IMITATION DE L’ESPRIT FRANÇAIS.
85
culée ; il est presque nul à la superficie; il abesoin d’approfondir pour comprendre ; il nesaisit rien au vol, et les Allemands auroientbeau, ce qui certes seroitbien dommage, sedésabuser des qualités et des sentiments dontils sont doués, que la perte du fond ne lesrendroit pas plus légers dans les formes, etqu’ils seroient plutôt des Allemands sans mé-rite que des Français aimables.
Il ne faut pas en conclure pour cela que lagrâce leur soit interdite; l'imagination et lasensibilité leur en donnent, quand ils se liv-rent à leurs dispositions naturelles. Leurgaieté, et ils en ont, sur-tout en Autriche, n’apas le moindre rapport avec la gaieté fran-çaise : les farces tyroliennes, qui amusent àVienne les grands seigneurs comme le peu-ple, ressemblent beaucoup plus à la bouffon-nerie des I taliens qu’à la moquerie des Fran-çais. Elles consistent dans des scènes co-miques fortement caractérisées, et qui repré-sentent la nature humaine avec vérité, maisnon la société avec finesse. Toutefois cette'gaieté telle qu’elle est, vaut encore mieuxque l’imitation d’une grâce étrangère ; onpeut très bien se passer de cette grâce, maisen ce genre la perfection seule est quelque