DE LA COMÉDIE.
tilhomme : il y a des scènes très spirituellesdans le Noble pauvre, et même très co-miques, mais d’un comique barbare. Leridicule saisi par Molière n’est que gai, maisau fond de celui que le poète danois repré-sente, il y a un malheur réel ; sans doute ilfaut presque toujours une grande intrépiditéd’esprit pour prendre la vie humaine en plai-santerie, et la force comique suppose uncaractère au moins insouciant ; mais on au-roittort de pousser cette force jusqu’à braverla pitié ; l’art môme en souffrirait, sans parlerde la délicatesse ; car la plus légère impres-sion d’amertume suffit pour ternir ce qu’il ya de poétique dans l’abandon de la gaieté.
Dans les comédies dont Kotzebue est l’in-venteur, il porte en général le même talentque dans ses drames, la connoissance duthéâtre et l’imagination qui fait trouverdes situations frappantes. Depuis quelquetemps on a prétendu que pleurer ni rire 11eprouvent rien en faveur d’une tragédie, oud’une comédie ; je suis loin d’être de cetavis : le besoin des émotions vives est lasource des plus grands plaisirs causés par lesbeaux-arts, il ne faut pas en conclure qu’ondoive changer les tragédies en mélodrames,